Cyril : “Les hommes que ça dérange ne sont pas susceptibles de m’intéresser”

Cyril a 31 ans. Il est responsable de diffusion dans un journal. Membre du collectif Dragones, certaines nuits, depuis plus de quatre ans, il devient Pria Prika. C’est le 29 mai qu’il me reçoit chez un de ses amis afin de se confier sur sa vie intime.

Cyril est responsable de diffusion au quotidien mais certains soirs il devient Pria Prika, une drag-queen lyonnaise. ©Léa Dubuc
Cyril est responsable de diffusion au quotidien mais certains soirs il devient Pria Prika, une drag-queen lyonnaise. ©Léa Dubuc

Qui est Pria Prika ?

Elle est un peu la “méchante du groupe”, parce qu’elle a l’air méchante, mais elle ne l’est pas vraiment. On est assez différentes. Je pense être quelqu’un de sympathique et d’avenant dans la vie de tous les jours, chose qu’elle n’est pas. Elle ne mâche pas trop ses mots, elle tire souvent la tronche. Elle fait aussi un peu peur parce qu’elle impressionne les gens. Avoir cette figure de “mauvaise”, c’est une manière pour moi d’exister dans un grand groupe et d’exister en société. On ne vient pas m’embêter quoi, donc je suis là sans forcément recevoir les mauvais côtés.

Au niveau de vos relations intimes, comment est vécu le fait que vous vous « draguiez » ?

Dans mes relations amoureuses, j’en ai eu que deux depuis que j’ai commencé le « drag ». Le premier c’est un peu à cause ou grâce à lui que j’ai mis le pied à l’étrier, parce qu’il fréquentait beaucoup le milieu des drag-queens à Paris. Du coup, il a commencé à me faire des costumes, c’est aussi avec lui que j’ai acheté mes premières paires de talons. Il n’y avait aucun souci lié à cela. Quant au deuxième, c’était un peu bizarre. Il était un peu partagé : il trouvait ça cool dans ce qu’il disait mais, j’avais l’impression que parfois ça le dérangeait un peu.

Pensez-vous que c’est quelque chose que l’on accepte facilement ?

Je pense que ça dépend vraiment du milieu. Je vois qu’il y a des mecs que ça dérange, mais je ne prends pas la peine d’aller plus loin avec ce genre de personne. J’estime que ce ne sont pas des personnes qui sont susceptibles de m’intéresser si le « drag » est quelque chose qui les dérange. Après, globalement, dans le cercle que je fréquente, il n’y a pas vraiment de soucis.
Pria Prika se prépare avant de préformer au bar Baston (Lyon 5e) pour un extra Nuits Sonores ©Léa Dubuc
Pria Prika se prépare avant de préformer au bar Baston (Lyon 5e) pour un extra Nuits Sonores ©Léa Dubuc

Rencontrez-vous des difficultés à allier cette pratique à votre vie privée ?

Pour moi, la plus grosse difficulté, c’est de devoir assurer deux vies. Une vie de tous les jours : professionnelle, privée… Et en plus, devoir manager les shows, faire des réunions. Cela prend énormément de temps. Après, il y a aussi le fait de devoir faire en sorte que le personnage ne prenne pas le dessus sur nous. C’est moins le cas maintenant, mais c’est ce que j’ai pu ressentir l’an dernier. Au final, le seul sujet de discussion que j’avais avec les gens, au-delà de mes amis proches, c’était le drag, le maquillage, mes performances etc. Au bout d’un moment, les gens ne voient plus Pria, que Cyril. Et c’est pesant parce qu’on n’est pas que ça non plus. Du coup, je finis par le vivre mal. J’ai une solution assez radicale,c’est que pendant 6 mois, j’arrête de performer (rire).

Comment Pria Prika influe sur votre vie sexuelle ?

Pendant toute mon adolescence, et le début de ma vie d’adulte, je ne me suis pas forcément autorisée à être trop féminin, ou trop masculin. Parce que je ne voulais pas tomber dans le cliché du mec hétéro, viril, avec une grosse voix ; et je ne voulais pas tomber non plus dans le cliché du gay. Du coup, j’essayais de faire un entre deux. Petit à petit, j’ai déconstruit cela de mon côté, jusqu’à arriver à faire du « drag ». Et je me suis rendu compte au bout d’un moment qu’en m’autorisant à être aussi féminin et exubérant, sexuellement, je m’étais aussi décomplexé du fait d’être un homme avant tout et de pouvoir jouer de ma masculinité.

Est-ce qu’on se trompe sur vous en se disant “comme c’est une drag-queen, sexuellement, il doit apprécier plus certaines choses” ?

Ca arrive souvent quand on voit ma manière de danser (rire) même quand je ne suis pas en drag-queen. Disons que comme je danse avec mon bassin, les hommes pensent souvent que je suis passif alors que ce n’est pas ce n’est pas le cas. Je ne ressens pas le besoin de le hurler au monde.