L’art de se travestir

Le point commun de toutes les drag-queens que j’ai rencontré durant ma semaine, c’est leur passion pour le maquillage. J’ai suivi le collectif Dragones lors de leur préparation dans leurs appartements. Zoom sur la préparation artistique de ces performeuses.  

Olek Do est en plein dans sa transformation ©Léa Dubuc
Olek Do est en plein dans sa transformation ©Léa Dubuc

Se « draguer » et performer demande parfois plus de quatre heures de préparation. Le rituel est toujours sensiblement le même. Le principe et d’effacer tous les traits de son visage – comme si on enfilait “un masque” – pour ensuite redessiner qui on souhaite devenir par-dessus. Lorsque l’on parle de drag-queen, l’utilisation du féminin est en vigueur. Même si ce sont des hommes, nous parlerons donc d’eux au féminin.

Étape 1 : Se doucher et se raser

Même si certaines drag-queens décident de garder leur barbe ou leur moustache, la plupart se rasent à blanc afin que cela ne pose pas de problème lors de la pause du maquillage. De l’après-rasage ou de la pierre d’alun pour éviter l’irritation sont aussi appliqués. C’est le cas de Claude, alias Mimie Sizzle, qui commence sa préparation avant l’extra Cluedo Techno des Nuits Sonores. Lorsque qu’elles doivent performer plusieurs soirs de suite, le rasage devient quotidien. Pour éviter les boutons lors de la repousse, elles appliquent parfois du talc et laissent agir quelques minutes. ©Léa Dubuc

Étape 2 : collant scotch

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La perruque est l’élément clé d’une drag-queen. Mais pour qu’elle reste bien fixée au crâne, deux scotchs différents sont nécessaire. Olek, alias Olek Do, se colle alors une première couche de rouleau adhésif afin de tenir le collant. Vient le tour du scotch double face qui permettra de bien fixer la perruque au collant. ©Léa Dubuc

u’elle reste bien fixée au crâne, deux scotchs différents sont nécessaire. Olek, alias Olek Do, se colle alors une première couche de rouleau adhésif afin de tenir le collant. Vient le tour du scotch double face qui permettra de bien fixer la perruque au collant.

Étape 3 : sourcils

Au cours de la préparation, l’objectif est de lisser au maximum son visage et toutes les imperfections (boutons, barbe, poils…). Après avoir appliqué une base de teint qui camoufle les imperfections, Olek applique deux couches de colle à postiche (d’autres drag-queens utilisent des bâtons de colle). Cela permet d’étirer et de fixer le sourcil. Entre chaque couche, il faut attendre environ 10 minutes que la colle sèche. Une couche de cire est ensuite appliquée pour lisser le tout sans laisser de marque lors de la création de la base. Olek poudre enfin ses sourcils pour que le gras de ces produits ne détériore pas son maquillage. ©Léa Dubuc

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Étape 4 : base

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Une fois le visage lissé et les traits effacés, vient le moment de faire sa base. Les drag-queens utilisent du maquillage gras similaire à ce qu’on utilise pour du maquillage de déguisement ou du “maquillage de clown”. Ce type de maquillage adhère facilement à la peau et tient tout le long d’une soirée. Benjamin, alias Jessie Phillis, et Olek font, ce jour-là, respectivement une base beige et blanche. Mais il est aussi possible de faire sa barbe à partir de n’importe quelle couleur. ©Léa Dubuc

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Étape 5 : contouring estomper

Après toutes ces étapes, il est désormais temps d’effectuer le contouring. Cette technique de maquillage joue sur les effets d’optique, en créant des zones claires et des zones sombres, afin d’améliorer la perception du visage. Par exemple, des traits clairs sur l’arête du nez permettent de créer l’illusion d’un nez très fin. Cette technique permet aux drag-queens de se créer des traits plus fins, plus féminins. Une fois ces lignes tracées, toujours à la peinture grasse, il faut ensuite les estomper afin qu’elles se confondent le tout dans un ensemble homogène. ©Léa Dubuc

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Étape 6 : yeux fard

Le regard est très souvent travaillé pour bien montrer la personnalité de leur personnage. Toutes les performeuses utilisent du fard à paupières classique pour souligner leur regard, mais elles en disposent aussi sur les zones où elles ont fait leur contouring. Cela permet de créer un dégradé de couleur et d’harmoniser l’ensemble du maquillage. ©Léa Dubuc

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Étape 7 : fixer

Cela fait près de 6 produits, donc quatre couches de maquillages, que les drag-queens se sont passées sur le visage. Olek utilisent ensuite un fixateur en spray. Cela permet au maquillage de ne plus bouger durant la totalité de la performance, malgré les mouvements et la chaleur. ©Léa Dubuc

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Étape 8 : eye-liner

Il faut savoir qu’une fois toutes cette préparation effectuée, si ces performeuses font une erreur dans leur maquillage, elles doivent tout recommencer. L’eye-liner est une des choses les plus difficiles à maîtriser. Elles doivent donc rester concentrées afin de ne pas faire de mauvais geste. Le style d’eye-liner dessiné permet de montrer le caractère de son personnage. Cyril, alias Pria Prika, s’est faite un eye liner très marqué pour montrer son caractère, plus mauvaise, qu’elle incarne. Pour éviter les erreurs fatales, Benjamin, alias Jessie Phillis, installe des bouts de scotch le long de son visage. Cela lui permet de pouvoir faire déborder le trait de son eye-liner sur le scotch sans abîmer son maquillage. Lorsqu’elle retirera le sparadrap, cela laissera place à un trait d’eye-liner net et précis. ©Léa Dubuc

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Étape 9 : La solidarité est le mot d’ordre

Les drag-queens ont pour habitude de se préparer ensemble par petit groupe. Même lorsqu’une seule d’entre elles performe, d’autres performeuses sont souvent présentes pour la soutenir. Lorsqu’une n’est pas sûre de son maquillage, les autres lui donnent instantanément un coup de main. C’est le cas de Messalina, qui aide Olek à reprendre un petit peu son maquillage au niveau des zones blanches. ©Léa Dubuc

Étape 10 : faux cils

Une drag-queen n’en serait pas réellement une sans ses faux cils. Leur pose peut paraître simple au départ, mais cela demande le bon geste. Il faut appliquer de la colle sur les faux cils et attendre quelques secondes avant de poser. Certaines performeuses utilisent de la colle à faux cils classique parfois composée de latex, d’autres utilisent de la colle à postiche. Il faut ensuite les coller sur la base des cils du côté de l’oeil à l’autre. Afin d’être plus précises, elles utilisent une pince à épiler pour placer les faux cils. C’est le cas de Claude, alias Mimie Sizzle. ©Léa Dubuc

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Étape 11 : Rouge à lèvres

Le rouge à lèvres est l’élément qui symbolise le plus la féminité. Il est donc très prisé de nos drag-queens. Gloss, crayon à lèvres ou encore rouge à lèvres : aucun type ni aucune couleur ne sont évités. L’idée est de se faire des lèvres assez pulpeuses, mais rien ne les empêche de faire des formes plus atypiques, voire monstrueuses. Encore une fois, rien n’est évité ! ©Léa Dubuc

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Étape 12 : vêtement

La partie maquillage maintenant terminée, Olek, alias Olek Do, met ses accessoires afin d’avoir des formes féminines. En ce qui concerne les seins, les drag-queens utilisent des morceaux de mousse découpés par leurs soins. Pour plus de réalisme, elles peuvent aussi utiliser des fausses paires de seins en silicone. Pour les hanches et les fesses, elles se sont aussi fabriquées elles-mêmes des “pads”. Ce sont des morceaux de mousses taillés sur-mesure à leur corps afin que cela paraissent le plus naturel possible. Le résultat est très réaliste. Au niveau du style vestimentaire, aucun type de vêtement n’est évité. Pour certaines tenues comme par exemple les bodys, cela demande parfois quelques aménagements anatomiques, on appelle cela le “tucking”. Il consiste à dissimuler les parties génitales de la drag-queen à l’aide de scotch. ©Léa Dubuc

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Étape 13 : perruque

La perruque est le dernier accessoire clé d’une drag-queen. Elle est constituée de plastique, pour la coiffer, il ne faut alors pas utiliser de lisseur, ni d’autres formes de haute chaleur. Le seul moyen de coiffer une perruque lisse, c’est de chauffer le plastique à l’aide d’un appareil vapeur. Une fois la perruque enfilée, il est possible de rajouter d’autres accessoires comme par exemple : une frange. Pour finir, afin de fixer définitivement la perruque, les performeuses peuvent mettre de la colle à postiche sur les rebords de la perruque pour bien la fixer au ruban adhésif. ©Léa Dubuc

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Étape 14 : performer

Les drag-queens se sont avant tout des performeuses. Elles peuvent danser, chanter, faire du burlesque, faire peur…. Mais le drag, cela peut aussi être quelque chose de beaucoup plus calme. Comme Olek, au bar Baston, qui a passé la soirée à discuter avec les gens afin de faire le bilan de leur semaine, ainsi qu’à leur faire des dessins. Performer, c’est aussi être proche des gens. Il n’y a jamais de choses autorisées et d’autres interdites. La seule chose exigée est de rester quoi qu’il arrive dans la peau de son personnage. C’est le cas de Stanislas, alias Laidy Ravan, qui lors du Cluedo Techno représentait l’une des mortes ; son rôle était par conséquent d’effrayer légèrement le public. Elle n’a alors pas hésité à crier en imitant un fantôme, à manger des mégots de cigarettes… Cela pouvait même aller jusqu’à lécher les murs du fumoir de Baston remplies de craies. L’étonnement du public était au rendez-vous ! ©Léa Dubuc